La plate-forme logistique rouvignies un projet humain

Trois ans après son ouverture le 18 novembre 2013, la plateforme logistique de Rouvignies se lance dans une grande mutation
technologique. Le centre d'approvisionnement continental (CAC) de Decathlon, qui fournit vingt-cinq centres régionaux
d'approvisionnement (CAR) s'apprête à devenir la plus innovante des plate-formes logistiques mécanisées en Europe : un double projet
ambitieux basé sur l'innovation technologique plaçant l'humain et le client au coeur de la transformation.

Un chantier à la hauteur
de l'ambition humaine

Café en main, sourire aux lèvres, Aurélien Bardet, directeur du CAC de Rouvignies, se fait conteur. Toutes les histoires commencent par « il était une fois... ». Actuellement, Rouvignies gère 150 millions d'articles par an. A l'horizon 2024, grâce à la mécanisation sa capacité sera portée à 550 millions.
« Ca c'est l'objectif. Après, il y a le quotidien. Pour y parvenir on a fait le choix de mener la mutation avec la participation active de tous les coéquipiers. Le terme mutation suscitait à la fois beaucoup d'envie mais aussi beaucoup d'appréhension quand on a évoqué le projet. » reconnaît Aurélien.
« Certains craignaient pour leur emploi, une dévalorisation de leur tâche. la mécanisation ça renvoie à la robotisation. Sauf qu'ici, ce sera le robot au service de l'homme et non l'inverse. »

Christophe Lafranche, chargé de la conception du schéma directeur de la transformation du réseau logistique de Decathlon, appuie le propos.
« On s'est dit que ce serait génial si dès le départ, on pouvait impliquer les équipes de Rouvignies et les amener naturellement, elles-mêmes à driver le projet et le mettre en oeuvre. Quand on contribue à quelque chose, on a à la fin la fierté de se dire « C'est moi qui l'ai fait ». Et tout démarre...

550 000 000 produits livrés par an par la plate-forme à l'horizon 2024.

« Rouvignies, c'est une équipe.
Tous ensemble ! »

Carole et Rémi partagent le cheminement de la mutation dans le même groupe et travaillent sur la mise en place du projet informatique Highway.
Carole, présente dans l'équipe à l'ouverture de Rouvignies en novembre 2013, retrouve l'énergie de cet esprit de pionniers.
“On était un petit groupe et on partait d'une feuille blanche à ce moment là. C'est cet ADN propre à la vie de notre plate-forme qu'on veut conserver dans le projet de mécanisation. On ne va pas se mentir au départ de cette idée, on a imaginé pertes d'emplois, travail à la chaîne. Tout le contraire de ce qu'est Rouvignies.”
“Le choix de la direction de nous mettre dans la réflexion du projet à tout de suite libéré les échanges. Quand on peut exprimer entre nous nos inquiétudes et nos attentes, ça libère la parole et ça rassure aussi.” ajoute Rémi. Dans leurs tâches au prélèvement de colis, Rémi et Carole connaissent les contours de leurs métiers et ce que la mécanisation va soulager. “dans le secteur réapprovisionnement, vous travaillez souvent en hauteur, et niveau physique, c'est éprouvant.” Rémi évoque le chargement et déchargement des containers quand le futur propose l'utilisation d'un tapis roulant pour soulager la pénibilité de la tâche.

“Rouvignies, c'est une équipe.” affirme Carole. “Tu ne peux pas avancer tout seul. C'est une fierté d'être les premiers à se lancer comme ca.”
Comme Rémi en a eu l'occasion à Barcelone, elle est allée se rendre compte à l'étranger de la réalité de la mécanisation d'un entrepôt. Direction le Danemark.
“On a vu des gens travailler à leur poste dos à dos ou alors il y avait trop de postes isolés. Au niveau relation humaine, c'était pas ça.” se souvient-elle. “On a dit à Aurélien, ça on veut, ça on veut pas.”
“Plus on avance, plus ça se concrétise maintenant.” dit Rémi.
“Il faut imaginer le projet global et la finalité de mieux servir le client. j'ai passé une semaine en magasin pour découvrir le “bout de la chaîne”, je travaillais en caisse.
Le colis que je prépare içi, il est pour quelqu'un. J'aime l'idée de me dire qu'on cherche toujours à mieux faire pour les clients.” “La mécanisation à visage humain comme on la prépare, c'est notre part d'innovation”, conclut Carole.

Carole et Rémi
Magasiniers - Groupe Highway

Une notion d'équipe très forte

Le projet initié, plusieurs groupes de travail sont constitués pour accueillir les collaborateurs et leurs propositions.
Ergonomie, Highway, déménagement, les magasiniers se répartissent dans les différents ateliers de discussions. “A Rouvignies, la notion d'équipe est très forte dans le travail des magasiniers” rappelle Aurélien Bardet.
“L'objectif commercial c'est de pouvoir offrir une meilleur expédition pour chaque centre d'approvisionnement régional (CAR), être plus précis dans notre tri. Améliorer le service içi, c'est améliorer le service pour le client en magasin. Mais le projet insiste aussi sur le bien-être de chacun au travail en abaissant encore la pénibilité des tâches.
Aujourd'hui, un magasinier peut marcher en moyenne 8 à 10km dans tous ses déplacements. Nos métiers de demain, on les invente aujourd'hui. Chacun est concerné pour trouver sa place dans ce que l'on construit. Demain, c'est un tapis roulant qui peut aider au déchargement d'un container, des articles qui arrivent à la bonne hauteur. On construit ensemble.”

« Concevoir nos métiers de demain,
c'est juste génial ! »

Imaginer le lieu de travail, son accessibilité, le souci de diminuer la pénibilité des gestes ou l'espace de vie, Aurélie et Yvahn connaissent la feuille de route depuis des mois.
Les deux référents mission handicap de la plate-forme se multiplient pour répondre aux questions “Mon rôle est d'intervenir sur l'ergonomie de nos nouveaux métiers. “ résume sobrement Aurélie. Une rôle dont son quotidien de magasinier lui permet d'être au plus près des faits. Un engagement accompagné par une formation aux risques liés au travail.
“Avec Yvahn, qui travaille à l'accueil, on est en charge de toutes les personnes en reconnaissance de handicap au sein de l'entreprise, qu'ils soient en CDI, CDD ou intérim. Evoquer le passage à la mécanisation, ca avait quelque chose d'alarmant pour certains alors qu'ils venaient d'être autonomes sur leur poste. Quand on parle de mécanisation, on parle de robots. Mais là on est sur l'humain. Derrière les chiffres, le volume, on est tous acteurs du changement.”
La dialogue a dénoué les craintes. “Les équipes projets sont top pour montrer les futurs postes de travail. L'entrepôt est accessible à toutes les situations de handicap. Ce sera moins de pénibilité.”
Aurélie confie sans mal qu'elle a déjà gagné en confiance en soi dans ce rôle. “Il y a quelques temps, je n'en aurais peut être pas parlé facilement devant tout le monde car je suis quelqu'un de timide. Mais dans ces groupes, je prends la parole, j'interviens. J'attends de mon métier qu'il y ait du changement, du mouvement, de l'évolution.” C'est pour demain.

Yvahn, le binôme d'Aurélie, ne cache pas son impatience. En poste à Rouvignies depuis trois ans, il a fait de la zone d'accueil de l'entrepôt son espace de vie et de travail où il se déplace en fauteuil roulant, comme sur le reste du site, qui est intégralement adapté aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR).
“J'ai toujours voulu travailler dans l'environnement du sport. C'est cette passion qui m'a permis de passer le handicap dès que je suis sorti de rééducation après mon accident de voiture.” dit-il. “Pouvoir écrire et concevoir nos métiers de demain, c'est juste génial et rare. L'amélioration portée à réduire la pénibilité du travail, c'est aussi prévenir le handicap sur une tâche particulière.
“Il espère ne pas être “au bout de (ses) surprises chez Decathlon”. Il y a des discussions, des Mécafés et des groupes de travail pour cela. Mais Yvahn retient surtout le jour où il a porté pour la première fois le masque Oculus pour une visite virtuelle du futur entrepôt.“ D'un seul coup, grâce à la 3D et ses images, je me suis déplacé partout. Je montais et descendais les escaliers, je me baladais comme je ne peux plus le faire” se souvient-il, amusé.
“Dans la réalité, je me dis qu'avec la mécanisation que l'on imagine tous ensemble, bientôt, j'alternerai peut-être mon poste à l'accueil avec un autre en entrepôt. Pourquoi pas? Je ne me fixe pas de limites. j'ai commencé içi en poussant les tables pour faire passer mon fauteuil, alors.”

Aurélie et Yvahn
Référents mission handicap

60% du personnel en CDI est actuellement impliqué dans le travail des différents groupes qui accompagnent la mise en place de la future mécanisation et du nouveau système d'information Highway.

L'enjeu est de réussir
à passer à 100%
,
afin d'impliquer chaque
collaborateur..

Après les paroles, des actes

La direction de Rouvignies a choisi d'emmener ses magasiniers, par petits groupes, découvrir sur le terrain des exemples de mécanisation dans d'autres entreprises européennes. Un déplacement au Danemark, un autre à Barcelone, un troisième à Düsseldorf. La mission pilote sur le logiciel Highway s'est envolée pour Bangalore en Inde.
“Chacun a pu alors se rendre compte des défauts et des avantages.” raconte le directeur, “on a vu des bonnes et des mauvaises choses mais surtout on en a parlé entre nous.”
Mission réussie.

« C'est à nous d'imaginer l'avenir »

Nawal gère le travail d'une vingtaine de personnes affectées à la préparation de colis. Avec le projet de mécanisation, elle a ajouté à son planning le programme du groupe de travail “déménagement” auquel elle appartient et qui envisage de faire bouger progressivement tout le monde dans les nouveaux bâtiments. Surbookée? Elle en sourit.
Depuis le kick-off du projet le 22 septembre, le projet se matérialise enfin pour elle. “D'un coup, tout arrive. L'installation des membres des équipes projets permet de mettre des visages sur des prénoms. Le bâtiment change. C'est très proche.”
La mutation avance à grand pas alors qu'elle reconnaît qu'au début…“Je me suis tout de suite dis: je suis où dans ce projet? A la première réunion d'information, je suis arrivée avec mes questions sur ce que je ne voulais pas. Maintenant, j'avance avec mes envies. C'est à moi, à nous, d'imaginer l'avenir. On est responsable de nos métiers de demain. L'idée de la nouveauté, c'est séduisant, non? Du coup, je me projette beaucoup plus dans l'entrepôt de 2018.”

Depuis, elle a aussi participé au déplacement avec quelques collègues de son groupe dans un entrepôt de Düsseldorf pour appréhender un exemple de mécanisation. “Ca me responsabilise vis-à-vis des autres. Dans cette aventure, on veut tous garder la proximité, le lien humain entre nous. C'est ce que je partage. C'est un sacré challenge.”
Les défis, elle a le goût pour ça, comme sa participation à son premier Marseille-Cassis à l'automne. 20km de course à pied dont “dix de galère”, se souvient-elle.
“C'était une aventure en équipe, déjà. Ca soude les gens d'être ensemble.”
La meilleure façon d'avancer.

Nawal
Responsable de développement logistique
Groupe déménagement

La plate-forme logistique rouvignies un projet innovant